Déclaration de candidature d'Yves Jean à la présidence de l’Université de Poitiers


[...]M’appuyant sur des perspectives fortes pour notre établissement en matière de formation et de recherche, sur les potentiels mis en place dans la période récente, mais en rupture avec la gouvernance lointaine et centralisée que nous venons de vivre, j’ai décidé d’être candidat à la présidence de notre université.

Les prochaines années seront décisives pour (...)


12 octobre 2011


Cher(e) collègue,

Le 15 mars 2012, vous serez invité à voter pour renouveler les trois conseils de l’Université.

Votre suffrage aura une importance capitale puisque de ce scrutin découlera le choix d’une nouvelle équipe dirigeante pour notre établissement.

M’appuyant sur des perspectives fortes pour notre établissement en matière de formation et de recherche, sur les potentiels mis en place dans la période récente, mais en rupture avec la gouvernance lointaine et centralisée que nous venons de vivre, j’ai décidé d’être candidat à la présidence de notre université.

Les prochaines années seront décisives pour l’avenir de l’attractivité de l’université de Poitiers et je souhaite aujourd’hui vous faire partager ma vision de l’avenir pour notre établissement et ses missions de formation, de recherche, de diffusion culturelle et de rayonnement international.

Cette élection se déroulera dans un contexte perturbé par plusieurs réformes depuis 2000 qui bouleversent les conditions de travail de l’ensemble de la communauté universitaire – personnels administratifs et techniques, enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs. Avec la mise en œuvre du LMD (licence, master, doctorat), le vote, en août 2007, de la loi sur « l’autonomie » (LRU, libertés et responsabilités des universités), l’Etat transfère, sans moyens suffisants des charges très importantes aux universités (masse salariale, gestion du patrimoine etc.) tout en continuant de peser sur les universités via les structures ou les financements qu’il contrôle.

Gestionnaire de deniers publics depuis 1989, je ferai preuve d’une grande rigueur financière mais veillerai que nos orientations budgétaires soient en adéquation avec notre stratégie de développement.

Notre université dispose d’atouts très nombreux et nous le devons au travail quotidien de tous les personnels qui composent notre établissement : des licences bien structurées, des masters et des diplômes renommés, des recherches de grande qualité, quelle que soit la discipline ou la composante considérée, à Poitiers et sur les sites de Niort, Châtellerault et Angoulême.

C’est en valorisant les talents de l’ensemble des personnels que nous construirons une communauté universitaire harmonieuse et que nous mettrons en marche un projet ambitieux pour notre avenir.


1. POUR UNE POLITIQUE DE RECHERCHE AMBITIEUSE

La recherche est un des principaux atouts de notre université : elle couvre un large spectre de disciplines. La qualité des UMR (unités mixtes de recherche), de nos Equipes d’accueil et du partenariat avec le CNRS (centre national de la recherche scientifique), ou l’INSERM (institut national de la recherche médicale) est reconnue tant à l’échelle nationale qu’internationale dans de nombreux domaines et pas seulement pour quelques « pépites ».
La présence d’universitaires poitevins – chercheurs et enseignants-chercheurs – sur de nombreux terrains dans le monde, les partenariats scientifiques européens et internationaux, à développer, constituent déjà une richesse ; d’autres seront à développer. Je souhaite que le Conseil Scientifique définisse une stratégie dynamique et audacieuse de développement de la recherche avec un renforcement des dispositifs d’aide à la recherche, (publication, diffusion, valorisation…).

A l’échelle nationale, la recherche a fortement évolué depuis 2005, avec la création de pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), la création de l’Agence nationale de la recherche (ANR), l’émergence de nouveaux modes de financement et la naissance de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement Supérieur (AERES). Depuis quelques années, le Ministère a inventé les « investissements d’avenir » dans le cadre du « Grand emprunt » : Equipex, Idex, Labex..et autres sigles valorisant « l’excellence ».
Ce nouveau contexte induit une mise en concurrence croissante entre les universités et divers classements illustrent ce phénomène. L’actuel gouvernement a fait le choix, depuis quatre ans, de privilégier une quinzaine de pôles, favorisant un financement à deux vitesses qui pénalise les universités moyennes, de proximité. Or elles jouent un rôle tout aussi essentiel pour le pays que les grands pôles.
Je ressens en qualité de président de la conférence des Doyens et Directeurs des UFR de Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines, chez l’ensemble de mes collègues, un rejet de cette mise en concurrence et le côté néfaste qu’elle revêt. C’est un refus de la communauté universitaire dans sa globalité qui s’est manifesté à plusieurs reprises depuis quelques années, avec le mouvement Sauvons la Recherche ou avec le mouvement de 2009.
Cette logique, dont l’inefficacité n’est plus à démontrer, exacerbe les tensions au travail, source de souffrance, pour les personnels administratifs et techniques mais également pour de nombreux enseignants ou chercheurs.

A l’heure ou le Ministère prône le développement de PRES seconde génération, il est urgent de passer à une nouvelle étape du PRES pour l’université de Poitiers. Notre Université doit s’appuyer sur l’actuel PRES, dont il convient de renforcer la dynamique, sur des thématiques partagées avec les Universités de Limoges et de La Rochelle mais il est aussi essentiel de nous associer à l’Université de Tours.

Cette nouvelle configuration du PRES ne doit pas être le mobile d’une réduction de l’offre de formation mais un outil de promotion d’une recherche de qualité, valorisée, ancrée dans son territoire, articulant la proximité géographique du PRES Poitiers – Tours – La Rochelle – Limoges avec les réseaux nationaux, européens et internationaux.

2. POUR UNE POLITIQUE DE FORMATION ADAPTEE A TOUS SES PUBLICS

La formation et la recherche s’enrichissent mutuellement. Je suis profondément attaché au métier d’enseignant-chercheur et à son statut car il associe, avec synergie, la dimension pédagogique et celle de la recherche. Cette articulation est fondamentale pour développer des formations exigeantes, de qualité, ouvertes à tous, en référence aux missions de service public de l’Université. Il nous faudra privilégier, en permanence, les finalités de l’Université définies collectivement et redonner du sens aux choix et décisions financières.

Dans une société et une économie de la connaissance, le premier objectif de l’Université est de réussir la démocratisation des études en accueillant tous les bacheliers, quelle que soit leur origine sociale, afin de leur permettre d’acquérir la connaissance, l’autonomie, les méthodes de travail, la faculté d’adaptation dans un environnement très changeant. Le défi consiste à attirer plus d’étudiants, en proposant des formations attractives et de bon niveau, à la portée du plus grand nombre. Un effort plus vaste encore doit être fait pour un suivi et une mise à niveau lors de la première année. Des expériences que nous pouvons généraliser fonctionnent déjà dans notre établissement.

Depuis une dizaine d’années, nos formations en masters se sont fortement professionnalisées en juxtaposant des savoirs professionnels aux savoirs disciplinaires théoriques et conceptuels. Je suis favorable à un effort particulier, au cours du prochain mandat, pour développer la dimension européenne de nos masters avec l’aide à l’élaboration de masters Erasmus-Mundus. Par ailleurs le savoir-faire de l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) pour la formation théorique, technique et tout particulièrement pédagogique des enseignants est un atout de notre université qu’il faudra mieux utiliser et valoriser.

Le développement de la formation continue sera une de mes priorités, en relation avec l’ensemble des partenaires extérieurs – collectivités, entreprises, associations, fonction publique d’Etat, territoriale ou de la santé – afin de mieux répondre à la demande sociale et de s’inscrire dans l’objectif européen de formation tout au long de la vie.

Le débat concernant notre offre de formation doit bien sûr analyser les charges supplémentaires occasionnées par de nouvelles ouvertures, mais le coût n’est pas le seul paramètre à prendre en compte.

L’utilité et l’efficacité sociale, économique et culturelle, les débouchés professionnels, la cohérence au sein d’un site doivent peser dans nos décisions.

3. POUR UNE UNIVERSITE AU SERVICE DE TOUS SES ETUDIANTS

Je suis inquiet devant la dégradation des conditions de vie des étudiants, de plus en plus nombreux à être obligés de travailler pendant leurs études. Nous devrons analyser ce phénomène avec précision et définir des moyens d’action pour leur venir en aide.
L’enjeu de la démocratisation comme celui de l’attractivité de notre université nécessite une amélioration des services pour un meilleur accueil des étudiants.
La massification des effectifs étudiants se conjugue à la nécessité d’un suivi personnalisé, en particulier en première année. La mise en place du plan licence a permis un accueil et un suivi des primo-entrants plus personnalisé, ce qui est très positif pour les étudiants. Nous poursuivrons et amplifierons cette action.

La mission d’orientation et d’insertion professionnelle des étudiants sera une des priorités de mon mandat. Il est nécessaire de dégager, parallèlement aux moyens humains, des lignes budgétaires significatives pour remplir cette mission. C’est ce que nous ferons. Je suis favorable à l’organisation annuelle d’un Forum des Métiers en co-organisation avec l’ensemble de nos partenaires professionnels, socio-économiques et associatifs : temps fort d’échange avec les étudiants et les familles, valorisant les atouts professionnels de nos formations dont les bons taux d’insertion sont souvent méconnus.

Je serai attentif à la collégialité avec les élus étudiants qui occuperont une place essentielle dans cette démarche.

Nous continuerons également à développer les relations internationales avec un soutien renforcé aux laboratoires et équipes d’accueil pour soutenir les partenariats internationaux, favoriser la mobilité des étudiants, développer des masters européens et/ou internationaux

En outre, depuis les années soixante, l’université de Poitiers est réputée pour l’accueil des étudiants étrangers. Je souhaite que, fort des valeurs de notre République, cet accueil se poursuive. C’est un honneur et une chance pour notre Université de former 4 000 étudiants étrangers chaque année et cela demeure essentiel, à moyen terme, pour le développement de la francophonie.

Notre Université sera ouverte sur le monde. Elle développera ses relations internationales tant en matière de recherche, de formation que d’accueil d’étudiants internationaux ou de mobilité de nos étudiants.

4. POUR UNE UNIVERSITE OUVERTE SUR LA VILLE ET LA REGION

Grâce au partenariat ancien entre l’Université de Poitiers et la ville (maintenant ville et agglomération), Poitiers est classée première ou seconde ville pour la qualité de l’accueil des étudiants : cet atout sera à conforter. Poitiers compte bien des avantages lors du choix du lieu d’études : coûts de logement et de restauration modérés, centralité régionale, diversité de l’offre de formation, qualité de vie urbaine, activités sportives et culturelles... Nous travaillerons également avec la Ville et l’Agglomération pour améliorer l’utilisation des transports collectifs (tarifs dégressifs, prise en compte des étudiants boursiers…), et favoriser l’accès à la culture.

De manière plus générale, l’Université est un acteur territorial très important. J’inscrirai notre projet pédagogique, scientifique, culturel et professionnel dans un partenariat renforcé avec la Ville, le Département et la Région.

L’importance de notre Université, la diversité de ses formations, de ses recherches nous permet de jouer un rôle moteur pour le développement d’une cité des savoirs. Poitiers a la chance d’avoir, dans un rayon de 15 km, une Université pluridisciplinaire associée au CNRS, à l’INSERM, le CHU, l’ENSMA, le CNED, l’ESEN, l’INRA, l’Ecole Supérieure de l’Image, le CFPN, l’Ecole Centre-Ouest des Avocats, l’IEP de Paris, l’ESCEM mais également d’autres instituts ou organismes de formations (CNAM, CNFPT, AFPA, CRDP, IRTS…).

Des relations très étroites continueront d’être tissées avec Poitiers et sa Communauté d’Agglomération, grâce, par exemple, à l’Espace Mendès-France ou au travers des actions liées à l’accueil des étudiants, à l’hébergement en partenariat avec le CROUS, au développement de modes de transports doux... Une démarche identique verra le jour à Angoulême, Châtellerault ou Niort, en partenariat avec les villes, communautés d’agglomérations et Départements.

Elément fort de structuration de l’espace, l’Université continuera à irriguer les territoires.

5. POUR UNE POLITIQUE RESPECTUEUSE DES PERSONNELS

L’avenir de l’Université de Poitiers repose en grande partie sur le dynamisme et l’engagement de son personnel, toutes catégories confondues (enseignants-chercheurs, chercheurs, enseignants, personnels BIATSS titulaires et non titulaires). Il est indispensable que tous bénéficient d’une même considération et d’une prise en compte de leurs spécificités.

La place, insuffisamment reconnue aujourd’hui, des personnels de bibliothèque, ingénieurs, administratifs, techniques, de service et de santé doit être confortée, tant il est vrai que leur rôle dans le déroulement de nos formations ou la mise en œuvre de notre recherche est vital. Toutes les catégories de personnels, dont les statuts sont malmenés et les perspectives assombries, doivent être soutenus dans leur travail quotidien.

Dans cet esprit, notre projet d’établissement s’appuiera sur la définition d’une politique sociale, d’une gestion co-élaborée avec les élus du Comité technique, sur la mise en place de règles identiques pour tous en modérant la logique d’individualisation des carrières.

Enfin, une qualité de vie optimisée au travail est une condition nécessaire pour redonner confiance et encourager les initiatives administratives, techniques, pédagogiques ou de recherche. Le CHS sera naturellement un élément moteur pour cette mission.

Aucune décision – notamment relative à la gestion des personnels ou à l’organisation des services – ne sera prise sans une concertation réelle et efficace.

6. POUR UNE GOUVERNANCE COLLABORATIVE

L’accroissement des responsabilités pour les Universités, conséquence de la loi LRU, nécessite de nouvelles méthodes de gouvernance au service d’une véritable stratégie de développement à moyen terme. Nous avons besoin d’une Université qui organise le débat, qui prend en compte les différentes analyses, sensibilités, dans un climat d’écoute, de respect des différences, de dialogue. Les arbitrages parfois nécessaires, ne seront rendus qu’après cette phase. Elle ne doit en aucun cas être précédée par des décisions hâtives génératrices d’incompréhensions, d’erreurs ou d’adaptations bricolées.

Notre université est riche de ses 14 composantes qui expriment une grande diversité des disciplines, leurs particularités, leurs identités. Elu doyen de la faculté de Sciences Humaines et Arts depuis mars 2007, j’ai appris, au fil des mois, à apprécier la particularité de chaque Faculté, qu’il faut préserver et enrichir. Aujourd’hui, chaque directeur d’UFR est favorable au partenariat entre composantes, à l’élaboration de masters pluridisciplinaires, à des recherches qui dépassent les limites des composantes.

Espaces de proximité et lieux d’expression démocratique, les facultés, écoles, instituts doivent favoriser l’expression de projets, la réflexion collective et la co-élaboration de la stratégie de l’établissement.

Les assemblées élues, Conseil d’administration, Scientifique, des études et de la vie universitaire, Comité technique doivent redevenir des lieux de débats stratégiques, de réflexion collective, de délibérations. Des commissions thématiques et des groupes de travail doivent préparer les travaux de leurs sessions.

Cette démarche collaborative sera animée par une équipe représentative de la diversité des composantes et des sites de l’établissement afin d’éviter les mesures normatives.

Cinq mois avant les élections, je souhaite expliquer ma démarche : être à l’écoute de chacune et de chacun, de tous ceux qui souhaitent œuvrer pour un projet ambitieux pour notre université

Après avoir entendu ce que vous souhaitez pour notre établissement et enrichi ma réflexion de vos remarques, dans quelques mois, je vous adresserai un projet précis, sur lequel je vous inviterai à débattre au cours des mois de janvier et de février.

Si je suis élu en avril 2012, j’organiserai en mai et juin, accompagné de l’équipe présidentielle, des rencontres avec les nouveaux élus des conseils, dans chaque UFR, à Niort, Châtellerault et Angoulême afin de préciser la stratégie de l’établissement, les méthodes de gouvernance. Ensuite, l’équipe présidentielle organisera des Assises de l’Université ouvertes à tous puis réunira le Congrès, associant les élus du Conseil d’administration, du Conseil scientifique, du Conseil des études et de la vie Universitaire et du Comité technique afin de valider, collectivement, une stratégie à moyen terme pour notre Université.

Cette élection, le 15 mars prochain, est une opportunité de changement qu’il faut saisir. Elle va nous permettre, quelle que soit notre sensibilité, de bâtir notre Université de demain.

Fort de mon expérience publique antérieure, porteur de valeurs telles que la laïcité, la justice, la solidarité, je souhaite œuvrer pour une Université véritablement pluridisciplinaire, riche de sa diversité, ancrée dans ses territoires et au rayonnement international.

Au plaisir de vous rencontrer, soyez assurés de mon engagement pour travailler avec tous, au service de tous.

Yves Jean

Poitiers le 10 octobre 2011

Professeur de géographie, doyen de la faculté de Sciences Humaines et Arts depuis mars 2007 ; président de la Conférence des Doyens et Directeurs des UFR de Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines depuis février 2010 ;
co-directeur de l’équipe de recherche RURALITES ;
directeur de la fédération de recherche Territoires, président du jury de l’agrégation externe de géographie depuis 2010.

Derniers ouvrages :
La France, Aménager les territoires en co-direction avec Martin Vanier, A. Colin, coll.U, 2008, réédité en 2009
Europe, aménager les territoires en co-direction avec Guy Baudelle, A. Colin, coll U, 2009
La ruralité en France en co-rédaction avec Michel Périgord, A.Colin, coll.128, 2009.
Justice et sociétés rurales, en co-direction avec Frédéric Chauvaud et Laurent Willemez, PUR, 2011
Dynamiques des espaces ruraux dans le monde, en co-direction avec Martine Guibert, A.Colin, coll.U, 2011

Maire de Quéaux de 1989 à 2008.
Conseiller municipal de Poitiers depuis 2008, délégué à la prospective urbaine.

Je contribue
La contribution

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.